Ce cours porte sur les imaginaires du film scientifique et sur les inventions esthétiques et scénaristiques que ceux-ci inspirent dans un cinéma de fiction. Chaque séance explore une question scientifique à travers sa représentation dans des films dits « scientifiques » et ses déclinaisons dans un corpus plus large de films documentaires, expérimentaux ou de fiction. Nous nous intéresserons ainsi aux neurosciences et à l'imagerie cérébrale ; à la théorie de la relativité et aux ressorts techniques et narratifs de rétrotemporalité au cinéma ; à la chirurgie de précision et à la miniaturisation des caméras ; ou encore aux théories du behaviorisme et aux androïdes.


« L'homme est l'animal qui va au cinéma », écrit Giorgio Agamben (Image et mémoire) tandis qu'Emanuele Coccia, dans La Vie sensible, rappelle d'une part que « tout animal est une forme particulière d'ouverture au sensible », et d'autre part que « la vie sensible – la vie animale sous toutes ses formes – peut se définir comme une faculté particulière de se rapporter aux images ». Dès lors, l'animal ne saurait être réduit à une présence anecdotique au cinéma, il en est la figure métonymique : opérateur de réalisme pour Bazin qui formule simultanément une pensée de l'animal et une ontologie indicielle des images cinématographiques ; corps d'émotion et d'hypnose pour Raymond Bellour qui en fait la figure d'élection d'une expérience unique de perception et de mémoire des films ; force d'intensité et d'affect pour Deleuze et Guattari qui, bien plus qu'une forme anatomique délimitée, y voient l'indice d'une impureté et d'une contamination des formes, d'un devenir qui appelle dès lors à penser les images qu'il produit. C'est à partir de la combinaison de l'animal et du sensible dans la production des images que ce cours appréhendera un large corpus de films dont les animaux sont les figures dominantes ou discrètes : de King Kong de Cooper et Schoedsack à Primate de Wiseman en passant par La Planète des singes de Schaffner, du Sang des bêtes de Franju aux Gates of Heaven de Morris en passant par le Vampire de Painlevé, l'animal ne sera pas déterminé comme représentant d'une espèce plus largement assignée à l'espace d'une nature menacée de disparition, mais comme forme hybride et bouleversée par toutes sortes de mutations.